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12/07/2014

Pas de nouvelle, une nouvelle.

Histoire de réactiver un peu mon blog et de ne pas trop laisser s'amonceler la poussière sur Albert Albert, je vous propose aujourd’hui un petit péché de jeunesse, une nouvelle  qui faisait partie d'un projet de recueil en commun avec d'autres "anciens écoliers" sur le thème du "plus mauvais souvenir d'école"   Projet un peu en sommeil en ce moment comme Albert Albert. Si certains d'entre vous d'ailleurs désiraient se joindre à cet hypothétique projet qu'ils n'hésitent pas à m envoyer leurs zoeuvres...                                                            

Il PLEUT IL PLEUT IL MOUILLE…..

  

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J’ai mal dormi. Remarquez, je m’en doutais que je ferais des cauchemars, mais à ce point là…

 

Il est déjà 6 heures à mon réveil, ça me laisse une bonne heure devant moi mais pas question de gigoter dans mon lit, je me connais, je me monte des films horribles, je repense à tout ce qui me fait peur et ça se termine en « sanglots inconsolables » comme dit maman. D’un autre coté, si je me lève, ça va pas louper non plus, je vais réveiller papa et maman « parce que je suis incapable de jouer tranquille et en silence gna gna gna », ça aussi on le saura. Et alors là ! J’entends déjà hurler papa : « Ça va barder pour ton matricule ! » Elle m’amuse bien cette expression là, il me la balance à peu près tous les mois, à chaque fois qu’il doit signer mon carnet.

— Hégésippe, j’aime autant te prévenir, si tu n’améliores pas ta moyenne, ça va barder pour ton matricule !

Hégésippe, c’est mon prénom. Je leur pardonnerai jamais à mes parents de m’avoir appeler Hégésippe. Il paraît que c’était le prénom de mon grand-père mort à la guerre. Hégésippe, tu parles avec un prénom pareil, il a pas dû chercher beaucoup à les éviter les obus et les shrapnells. Et en plus, mon nom de famille, c’est Mangevache – Hégésippe Mangevache –Vous le croyez, vous ? Comment voulez-vous que je ramène un carnet potable ? Même les boches avec leurs drôles de noms ils en avaient pas des aussi pires. Chez nous, on dit les « boches » ou les « fridolins », je sais pas pourquoi. J’ai écrit à mon correspondant en Allemagne pour lui demander mais il m’a pas encore répondu. Depuis 8 mois pourtant, il a eu le temps.

Bref, il me crie dessus :

— Ça va barder sévère pour ton matricule ! 

Ça, c’est quand j’ai trop de zéros, il aime pas ça du tout, papa. Mais, le pire, c’est quand il commence à hurler :

— T’as intérêt à numéroter tes abattis ! 

Alors là, ça va très mal, ça veut dire que c’est pire que d’habitude, que je suis dans les trois derniers et maman le regarde avec des yeux effrayés en lui retenant le bras. Au début, je croyais qu’il disait « numéroter tes abrutis ». Les abrutis, c’est Isidore et Grégoire, mes meilleurs copains et les deux plus mauvais de la classe (avec des prénoms pareils, vous me direz…). Alors, moi, je leur ai collé des numéros : au début, Isidore 27 et Grégoire 28, ça faisait super chic, comme les rois de France ou les papes. Mais en vrai, 27 et 28 c’était leur place au classement sur 28 élèves, sauf quand Isabelle, la première, la plus belle et la meilleure est tombée malade pendant deux mois et que le Maître l’a sortie du classement. Pendant ces deux mois-là, ils étaient 26ème et 27ème.  Alors, je les appelais Isidore 26 et Grégoire 27 ou des fois Isidore 27 et Grégoire 26, l’ordre à la fin dépendait surtout des notes de sport : par exemple, si Grégoire faisait un croche-pied à Isidore pendant le 100 mètres sans se faire piquer par le maître, il passait avant-dernier sauf si Grégoire avait eu le temps de verser un tube de colle dans le short d’Isidore, là ils étaient ex-aequo, un à l’infirmerie et l’autre en retenue. Ça tient à rien, un classement.

Après j’ai compris que papa disait « abattis » et pas « abrutis », mais je sais toujours pas ce que ça veut dire « numéroter les abattis », sauf que j’ai plutôt intérêt à le faire.

 

 

Bon, je fais attention en me levant, je mets mes chaussons sans bruit, sans faire craquer le plancher. J’ai bien essayé de jouer les malades hier soir, je me suis plaint du ventre, de la tête mais maman est maligne, elle est pas tombée dans le piège. Faut dire que j’ai déjà fait le coup un peu souvent cette année.

 

Le calendrier avec les Mickeys que je détache et colle dans un cahier est bien marqué 20 mars, avec un gros « Printemps » en dessous et Minnie qui cueille des fleurs avec Pluto… Pas d’erreur, dehors, il fait encore frisquet mais le pommier du jardin est tout blanc et les piafs piaillent déjà, il va faire beau aujourd’hui, ça va être une horreur.

 

Je passe une heure à trier mes bandes dessinées puis j’entends papa aller aux toilettes. Quand je me décide à descendre, l’odeur du petit déjeuner remplit la cuisine et me redonne un peu de baume au cœur mais le chocolat est brûlant et les tartines ont du mal à passer. Papa lâche son journal :

— Tu finis tes tartines !

— J’en veux plus, je lui dis et je repousse le bol de chocolat encore plein.

Il dit rien, il reprend sa lecture. Cinq minutes plus tard :

— Tu les finis, tes tartines, oui ou non ? 

Je commence à geindre :

— J’ai mal au cœur, j’ai pas faim.

— T’entends Jacqueline, le petit a encore mal au cœur, il couve peut-être quelque chose ?

Quand il dit « le petit » en parlant de moi, je sais que j’ai une petite chance, mais maman depuis la cuisine est inflexible, impitoyable, sanguinaire…

— Cherche pas, il essaye encore d’échapper à l’école, depuis trois semaines, il sait plus quoi inventer !

— T’entends ce que dit ta mère ? Finis ton bol ou ça va barder pour ton matricule !

 

Je termine ma tartine avec du mal, je me brûle, je pleure, mais maman me tend déjà mon cartable. Moustique m’accompagne jusqu’au petit portail en bois vert que j’ai repeint tout seul l’été dernier. Moustique, c’est mon chien. J’essaye de faire comme si mais c’est un malin Moustique. Il me lèche un peu les mains puis, dès qu’il voit mes yeux, il recule, dresse ses oreilles en penchant sa tête et file la queue entre les jambes. Quelle sale journée !

 

Pas un oiseau, les piafs se sont tus, pas un bruissement dans les feuilles, pas un coassement. Painchault m’appelle du bout de la petite route, il a l’air abattu aussi, au moins autant que moi. Son cartable pèse facilement 100 kilos mais c’est un malabar Painchault. Il est affublé d’un nom encore pire que moi mais il est joufflu et costaud et personne ne lui cherche de noises à lui, même les grands du groupe B, c’est pour ça que c’est mon poteau.

— Salut Painchault.

— Salut Mangevache.

Bon sang, il rigole pas le Painchault, on parle de rien pendant les 800 mètres qui nous mènent à l’école, même pas du match de foot d’hier. J’ai trop les boules. Painchault aussi il a les boules. Putain les boules.

 

Le père Mathieu passe avec ses vaches qu’il emmène au pré, d’habitude on l’embête, on crie, on glousse pour faire peur à ses bestiaux, on lui pique son béret idiot qu’il a vissé sur la tête depuis toujours et il nous poursuit avec son bâton en beuglant,

— bande de p’tits salopiots, m’en va vous correctionner moué ! mais on le sème à chaque fois en rigolant.

Là rien, pas un cri, pas un geste. Il nous menace quand même avec le bâton en lâchant son « Bande de salopiots ! » mais on court même pas. Il a l’air tout surpris avec son bâton en l’air.

 

On arrive en traînant les galoches. C’est marrant la cour de récré, j’ai l’impression que plein d’élèves de 6ème A sont pas là. Dans les rangs, il manque Benichou, Martin, Pallon, Marko, Monetti et les jumeaux mais ils arrivent un peu après. On se serre la main parce que c’est tous mes copains du fond de la classe. Je serre la main à Isabelle aussi, j’ai bien essayé de lui faire la bise une fois, mais tous les autres se sont trop foutus de moi. Elle, elle est au premier rang. Normal, c’est une fille.

 

En tête de rang, le prof nous observe en se frottant les mains, sa blouse est si blanche avec le soleil que les larmes me viennent. Painchault à coté de moi regarde toujours ses pieds, je me demande si je me mettais à courir maintenant, je pourrais traverser la cour, atteindre la grille d’entrée avant qu’Albert, le gardien, n’ait le temps de la refermer et me planquer jusqu’à ce soir… mais qu’est ce que je vais prendre quand papa va savoir ça. Painchault lève les yeux sur moi, l’air de dire « si t’y vas, j’y vais ». Mais je me dégonfle, j’ai repéré Albert derrière le marronnier prêt à bondir… Il a eu des consignes. Salaud d’Albert.

 

Je regarde le père Caillette, le prof de Sciences Nat. sourire. C’est bizarre, j’avais jamais remarqué ses dents qui se découvrent quand il sourit. Il a des yeux de lapin tout rouges. Avec ça, il est tellement grand et maigre avec de ces mains. Brrr… il me fait penser à un film que j’ai vu en cachette dans la collec à papa mais je sais plus lequel. On rentre tous en silence avant qu’il se mette à pleuvoir. Il faisait super beau ce matin et d’un seul coup des gros nuages sont arrivés. Des cumulus ou des startus d’après Painchault qui regarde la météo dans le journal tous les matins.

 

On a tous un bocal devant nous sur le pupitre avec une grenouille chacun dedans. Pas d’échelle dans le bocal comme celui que j’avais quand j’étais petit : la grenouille fait pas la météo, elle me regarde en gonflant sa gorge ou son jabot, je sais pas comment ça s’appelle. Elle est belle, verte et brune mais elle bouge pas beaucoup, elle a pas beaucoup d’air là-dedans. Celle de Painchault a l’air à moitié morte. J’ai bien envie d’enlever le couvercle.

— Les enfants, vous ne touchez pas aux bocaux devant vous pour l’instant, dit Monsieur Caillette.

Tous les élèves ont un petit geste de recul en même temps, sauf Ducul, le fayot du premier rang. Ducul, c’est pas son vrai nom mais on l’appelle Ducul parce que c’est le fayot.

Le prof tape deux ou trois fois avec sa règle sur le bureau pour dire à Isidore et Grégoire de se taire.

— Comme chaque année, les enfants, (là, on les voit bien ses dents…) le jour du printemps annonce un renouveau de la nature et pour mieux vous aider à comprendre cette nature, les travaux pratiques vont pouvoir commencer. Vous voyez tous devant vous un spécimen commun de Rana rana, plus connue sous son nom vulgaire de grenouille.

— Tiens, je savais pas que grenouille, c’était un gros mot, me chuchote Monetti.

Monetti, il est marrant, je suis avec lui depuis la neuvième, je l’ai toujours vu avec sa grande écharpe rouge même en été et il s’assoit toujours près du radiateur à cause de ses bronches, il paraît. Il parle pas vite, il oublie toujours tout. Et toutes ses phrases commencent par « Tiens, je savais pas… ».

— Tiens, je savais pas qu’on avait histoire aujourd’hui, j’ai oublié mon livre.

Ou bien :

— Tiens, je savais pas qu’on avait une interro, j’ai rien révisé… 

L’autre jour le prof de maths lui a dit :

— Tiens, je savais pas que tu étais un âne. Je t’ai mis zéro.

Isabelle l’a regardé avec ses beaux yeux tristes parce que Isabelle, elle est amoureuse de Monetti. Ça m’énerve un peu.

 

Mais le père Caillette continue :

— Grenouille qui fait partie de la famille des ? …. Des ? 

Isidore et Grégoire ont un trait de génie pile en même temps :

— De la famille à Ducul ! 

Tout le monde rigole sauf Ducul et le père Caillette. Il prend sa règle et tape encore deux fois sur son bureau en réclamant le silence.

— Zéro pointé pour les deux crétins… Vos familles à vous vont être ravies devant votre prochain carnet, quoique je doute encore qu’elles y prêtent attention. Alors… Isabelle… de la famille des… ? 

— Des batrachiens, Monsieur, répond Isabelle. Qu’est-ce qu’elle est forte, Isabelle !

— Batraciens, Isabelle, Ciens ! Comme musiCiens ! Donc, la grenouille est un batracien ou mieux encore un Amphibien (il écrit au tableau : Batracien = Amphibien). Les batraciens peuvent respirer dans l’air et dans l’eau… Dans l’air grâce à leurs… ?

— Poumons ! répond encore Isabelle.

Mais déjà Painchault lève le doigt :

— Et dans un bocal fermé, M’sieur, elle peut respirer quand même ?

Caillette hausse les épaules. 

— Donc, dans l’air grâce à ses poumons et dans l’eau grâce à ses... ? 

Là, y’a un blanc. Moi je le sais mais je le dirai pas.

— Alors, personne n’a une petite idée ? Painchault ? Toi qui semble t’inquiéter du sort de nos petites bêtes…Comment respirent-elles sous l’eau ? 

— Elle retient sa respiration, M’sieur ?

— Painchault, vous êtes définitivement un cancre ou un poète et je déplore hélas chacune des deux hypothèses. 

Painchault serra les poings sous son bureau et fit preuve d’un culot incroyable : 

— Je suis p’têt un cancre, je sais pt’êt pas comment qu’elle respire sous l’eau, la grenouille, mais en tout cas je sais qu’elle va pas respirer longtemps dans un bocal fermé ! 

 

Bon sang, on était sciés, il est tout rouge, le Painchault. La surprise passée, un murmure parcourt la salle, on se sentait tous prêts à dévisser les couvercles et libérer les grenouilles. Le père Caillette se redresse alors :

— Pauvres ignares, sachez que la connaissance scientifique se nourrit chaque jour que Dieu fait de petits sacrifices de ce genre et qu’il n’est nulle avancée dans le savoir qui ne soit entachée de quelques martyrs ! 

J’ai rien compris. Visiblement, Painchault non plus parce qu’il l’a ramène plus. Le silence revient devant la voix autoritaire du père Caillette.

 

— Je vais donc passer avec cette bouteille d’éther, vous prendrez ce morceau de coton devant vous, lorsqu’il sera légèrement imbibé, vous le mettrez dans votre bocal et refermerez bien le couvercle. 

Un grondement survole à nouveau les pupitres. Caillette, cette fois-ci n’a qu’à hausser simplement les sourcils pour le faire cesser. J’ai ouvert le bocal, mon idiote de grenouille  bouge pas, si au moins elle essayait de se tirer, je lui donnerais un coup de main, mais rien à faire, complètement amorphe. En trente secondes avec l’éther, elle est endormie ou peut-être même pire. Painchault tient sa bestiole morte par la patte. Il pleure. Isabelle pleure aussi. Ses grands yeux verts sont inondés de larmes. Qu’est-ce qu’elle est gentille Isabelle, elle a de longs cheveux roux et moi je crois bien que je suis aussi en train de pleurer. Monetti prend son  air étonné :

— Tiens, je savais pas que ça faisait ça l’éther.

— Maintenant, nous allons étudier les réflexes de la grenouille. Pour étudier lesdits réflexes, il faut s’assurer que l’encéphale – autrement dit, le cerveau - de l’animal ne soit plus en mesure de transmettre d’information aux muscles. Il suffit donc de détruire cet organe au moyen d’une aiguille que l’on plante dans la boîte crânienne et de triturer un peu à l’intérieur.

Il commence à se balader parmi les pupitres de la classe, les mains croisées dans le dos en nous dictant sa leçon. Avec son sourire, de pire en pire, il cherche dans nos yeux l’expression de la curiosité scientifique mais ne devine que le voile de l’horrible et de la terreur. Pas un de nous ne bouge, même Ducul bouge pas d’un poil. Il est tout blanc. Comme un linge. Je me mets à regarder les autres, ils sont livides aussi. Moi, j’ai les mains qui tremblent, la vue qui se brouille.

— Ensuite, nous ferons – grâce à ce scalpel mis à votre disposition - une incision le long de la cuisse de l’animal, nous dégagerons le nerf principal, le nerf gastrocnémien.

Il détache bien les syllabes du mot et l’écrit ensuite au tableau, on prend tous notre stylo en essuyant nos larmes et on  recopie « gastrocnémien » avec soin en soulignant en rouge et très très lentement… Et on pose plein de questions pour gagner du temps :

— Ça veut dire quoi ?

— Est-ce qu’on en a un aussi ?

— Et dans l’autre cuisse, y’en a un aussi ? 

    Qui c’est qui me prête sa règle ?…

    Et du rouge…Qui c’est qu’a du rouge ?

 

Mais la cloche ne veut pas sonner . Le père Caillette reprend : 

— Nous stimulerons e

nsuite ce nerf avec cet appareil qui émet des impulsions électriques le long du nerf et ordonnera au muscle de se rétracter, ce qui fera se soulever la patte de la grenouille et cela sans l’aide du système nerveux central – le cerveau - que nous aurons méticuleusement détruit. Nous aurons donc prouvé ce que nous appellerons « l’activité réflexe ».

— C’est pas juste, risqua Isabelle mais tout doucement.

— Ouais, c’est vrai que c’est pas juste, que je dis.

— Tiens, je savais même pas qu’on avait de l’activité réflexe, ajouta Monetti.

— Pas si vite, M’sieur, j’arrive pas à tout copier, dit un des deux jumeaux.

— Moi non plus, enchaîna le second…

 

— Vous prendrez des notes plus tard, pour l’instant prenez votre aiguille et commencez !

— Mais, m’sieur, ça sert à rien de faire ça, on le sait que vous avez raison, on note la leçon et on fait juste comme si on l’avait fait mais on le fait pas en vrai.

C’est Bénichou qui parlait. Il la ramène pas souvent, Bénichou, mais quand il la ramène c’est pour dire des trucs vachement vrais. Du coup, on s’est tous un peu enhardis :

— C’est pas juste ! 

Cà sert à rien ! Je l’dirai à mon père !...

 

Mais Caillette reste inflexible :

— Qui commence ?

Ducul  saisit l’instrument de torture dans la main droite et la grenouille inerte dans la gauche. Il a tellement les yeux brouillés par les larmes qu’il loupe son coup et se pique la main vraiment profond. Il hurle de douleur, lâche la grenouille, l’aiguille, fait tomber le bocal qui explose sur le sol.

Le prof s’énerve un peu, il ramasse la grenouille, lui plante lui-même l’aiguille dans la cervelle, puis fait des petits cercles avec en insistant lourdement. D’un seul coup, la bestiole se met à décrire des moulinets avec les pattes avant, Caillette triture, mixe, trifouille jusqu’à ce que la grenouille retombe toute molle.

Isabelle se 

met à sangloter, toutes les autres filles hurlent. Moi j’ai la nausée, je vomis tout le lait du matin. Painchault, en voyant ça vomit aussi et toute la classe s’est mise plus ou moins à renvoyer le petit déjeuner du matin. Les bocaux ont roulé par terre, les pleurs, les cris, les hurlements envahissent la classe, quelques grenouilles encore vivaces s’échappent et sautillent dans tous les sens.

On s’en va tous à l’infirmerie dans le plus grand bazar, les autres profs ouvrent la porte de leur classe pour savoir ce qu’il se passe. On voit arriver le directeur qui a pas l’air d’être content après le père Caillette. Le père Caillette agite les bras comme la grenouille, il fait moins le malin maintenant dans le couloir qu’avec nous dans sa salle de classe.

 

On a attendu tout le restant de la matinée en étude et on a plus jamais fait de travaux pratiques jusqu’à la fin de l’année sauf sur des fleurs. Monetti consolait Isabelle qui pleurait encore, les jumeaux en pipaient pas une, moi je dis à Painchault que c’était un vrai copain, un dur de dur. On a pas eu classe l’après-midi, comme le soleil est revenu, Painchault est resté chez moi et on a joué dans le jardin. Maman veut pas que j’aille dans les bois sans la prévenir.

 

Plus tard, on a déménagé à Paris avec papa et maman. Trente ans après, je suis 

allé avec ma femme dans un petit restaurant rue richard Lenoir. Quand il m’a tapé sur l’épaule, j’ai pas reconnu Painchault tout de suite, il était toujours rondouillard mais sans plus. L’impression de force et de sécurité qu’il dégageait étant enfant ne l’avait pas quitté. Il était patron et chef cuisinier dans ce restaurant, il me désigna la jolie rousse aux yeux verts qui tenait la caisse.

— Tu reconnais Isabelle ?

Elle était un 

peu plus dodue, bien sûr, mais avait toujours ces si jolis yeux et sa longue crinière rousse éclaboussait la salle du restaurant.

— C’est la 

soirée des coïncidences, fit Painchault. Monetti, tu te rappelles de Monetti ? Il doit venir dîner ce soir.

Ma femme s’assit et  commença à choisir son menu :

— Je prendrais bien des cuisses

 de…

Painchault l’interrompit :

— je ne vous les conseille 

Le dîner fut excellent, ma femme était ravie de sa soirée mais Monetti oublia de venir ce soir là. Tiens, je parie qu’il ne savait même plus qu’il avait rendez-vous.pas, faites moi confiance pour le menu, je m’occupe de tout. 

 

 

 

Commentaires

Chouette nouvelle! Extra même! Je me suis souvenu de mes années de classe... Les personnages sont consistants, crédibles et très drôles. Il y a une scène avec des grenouilles dans ET mais moins poilante et moins intéressante que la tienne. Bravo.

Écrit par : Thierry Fraisse | 15/07/2014

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